Katyn change la Russie - Dominique MOÏSI

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Katyn change la Russie - Dominique MOÏSI

Message  Vivre Enrussie le Mar 20 Avr 2010 - 8:16

19/04/2010 - http://www.lesechos.fr/info/inter/020483195826-katyn-change-la-russie.htm

par DOMINIQUE MOÏSI, CONSEILLER SPÉCIAL À L'IFRI.


Un endroit maudit comme Katyn peut-il se transformer en une cause d'espoir ? Espoir pour une Pologne globalement unie dans la dignité de son deuil, espoir pour les relations entre la Pologne et la Russie, espoir pour les relations de la Russie avec l'Europe et plus encore avec elle-même ?

En 1940, dans la forêt de Katyn, les Soviétiques, sous l'ordre de Staline, avaient délibérément choisi d'éliminer une partie des élites de la nation polonaise pour « affaiblir » à long terme un peuple voisin qu'ils voulaient avant tout contrôler. En 2010, c'est dans la forêt de Katyn que vient de disparaître une nouvelle fois derrière son président une partie de l'élite polonaise. Et si soixante-dix ans séparent les deux tragédies de Katyn, le temps écoulé est « subjectivement » beaucoup plus court que le temps réel. En effet, pendant plus de quarante ans, le régime soviétique a nié avoir massacré dans la forêt de Katyn plus de vingt-deux mille officiers et intellectuels polonais, imputant la responsabilité de ce crime à la « barbarie nazie ». Pendant toutes les années du régime communiste, de nombreux Polonais, surtout ceux appartenant aux élites du pays, savaient très bien ce qui s'était passé. Mais ils étaient contraints de garder cette vérité au fond d'eux-mêmes, pour ne pas contredire la « vérité officielle ». Katyn était ainsi une plaie démultipliée par le mensonge, la preuve douloureuse que la Pologne une fois de plus ne contrôlait pas son histoire.

Commémorer le passé pour l'exorciser et le dépasser, c'est ce qu'avaient fait dans une cérémonie commune les Premiers ministres russe et polonais, Vladimir Poutine et Donald Tusk, quelques jours avant la tragédie. Mais la Russie est allée, depuis, beaucoup plus loin dans « l'audace émotionnelle » et la confrontation à sa propre histoire. Le dimanche qui a suivi la catastrophe, 30 millions de Russes ont pu voir à la télévision « Katyn », le film du grand réalisateur polonais Andrzej Wajda, qui n'avait été auparavant montré que de manière confidentielle.

La tragédie de 2010 conduirat-elle à une forme de réconciliation historique entre la Russie et la Pologne, une réconciliation que le déni de vérité des Soviétiques sur « Katyn 1940 » rendait impossible ? Aujourd'hui, Moscou, en montrant le film de Wajda sur une chaîne de grande audience accepte enfin pleinement et sans retour possible sa responsabilité historique pour ce crime. Pour la première fois dans son histoire, Moscou semble faire preuve d'empathie pour la douleur de la nation polonaise. La Russie a décrété une journée de deuil national.

Au-delà de sa signification pour l'avenir des relations bilatérales entre Varsovie et Moscou, et au-delà entre Moscou et l'Union européenne, le geste symbolique des dirigeants russes peut avoir des conséquences importantes pour l'avenir de la Russie elle-même. Il faut se garder, certes, de rêver. Vladimir Poutine n'est pas un sentimental et son émotion est calculée. Et pourtant, admettre pleinement la responsabilité des services secrets soviétiques à Katyn, c'est ouvrir un chemin qui conduit directement à Staline lui-même, l'inspirateur du crime. Une Russie qui fait face à son histoire sera-t-elle la même demain ? En se réconciliant avec la Pologne sur son passé, la Russie décide-t-elle aussi de son futur politique sinon de sa géographie, se rapprochant ainsi de l'Union européenne et de ses valeurs, élargissant ainsi vers l'Est le concept clef de réconciliation ?

Certes il ne s'agit que d'un petit pas, en contradiction avec d'autres. Mais il s'est produit quelque chose de nouveau qui traduit peut-être une confiance grandissante de la Russie en elle-même. Depuis la signature du traité START II, elle se sent confortée dans son statut international. Depuis les dernières élections en Ukraine qui ont vu le succès du « candidat de Moscou », elle se sent confortée aussi dans son statut régional. Le 9 mai 2010 à l'occasion du 65 e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale (sur le front de l'Est), Nicolas Sarkozy et Angela Merkel seront à Moscou à côté des dirigeants russes, et ceci n'est pas un petit symbole.

En Europe, la confiance grandirait-elle à l'Est au moment où elle décline au Sud ?


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Ou quand un "conseiller special" decouvre que la Russie change...
Il devrait etre plus attentif car ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des changements.

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