Un photographe du New York Times évoque la situation à Donetsk

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Un photographe du New York Times évoque la situation à Donetsk

Message  Vivre Enrussie le Mar 26 Aoû 2014 - 12:19

http://fr.ria.ru/presse_russe/20140826/202251827.html

Mauricio Lima, correspondant photo pour le New York Times, a travaillé pendant un mois dans l'est de l'Ukraine: il témoigne du quotidien des civils de Donetsk, sous les bombardements de l'armée ukrainienne, pour le quotidien Rossiïskaïa gazeta.
Lima: J'ai travaillé sur les lieux qui ont subi des tirs d'artillerie nourris – à Donetsk et dans ses environs. Aujourd'hui, j'ai visité l'orphelinat de Makeevka. Il y avait des tirs intensifs, principalement des roquettes et des obus de l'armée ukrainienne. Les éducateurs ont réuni tous les enfants dans le sous-sol pendant une heure. Certains enfants pleuraient. J'ai pris quelques photos et décidé de sortir pour voir le résultat du bombardement, qui était très actif.
Cependant les tirs ont repris et avec deux collègues nous avons stoppé notre voiture pour partir nous protéger en courant dans le sous-sol d'un immeuble ou se trouvaient une centaine de personnes. Ensuite, j'ai appris que trois personnes avaient été tuées à la surface durant ces quelques minutes.

J'ai aperçu un corps inerte à proximité d'une voie ferrée et j'ai vu un tableau déchirant.
Une femme âgée marchait, accompagnée par son fils, en treillis. Elle pleurait et criait très fort - je n'avais jamais entendu quelqu'un hurler comme ça de toute ma vie. Il l'a amenée vers le corps, qui s'est révélé être celui de sa fille. La femme est tombée au sol en hurlant. Je prenais des photos mais j'ai décidé de les laisser parce que la femme était en crise, et des combats avaient également repris à proximité.

Question: L'armée ukrainienne bombardait Donetsk ces dernières semaines, quand vous étiez sur place?
Lima: Oui, je ne me trouvais pas directement dans la zone des affrontements, mais je suis tombé sous des tirs à plusieurs reprises, parfois très près.
Question: Avez-vous vu beaucoup de soldats ukrainiens?
Lima: Je les ai vus sur les postes de contrôle en direction de Lougansk, mais il y avait essentiellement des forces d'autodéfense autour.
Question: Beaucoup de choses ont changé à Donetsk depuis le printemps?
Lima: Absolument. J'ai passé tout le mois de mai à Donetsk, la ville était complètement différente. Il y avait des gens dans les rues, une vie normale se déroulait. Aujourd'hui, pratiquement toutes les banques et centres commerciaux sont fermés, seuls quelques magasins et stations-service sont ouverts. Le couvre-feu est instauré de 23 heures à 6 heures du matin.
Question: Vous êtes arrivé en Ukraine vers la fin des protestations sur le Maïdan. Après le départ de Viktor Ianoukovitch, les personnes qui y étaient rassemblées débordait d'optimisme. Quelle est la situation aujourd'hui?

Lima: En effet, tout le monde faisait la fête sur le Maïdan à l'époque. Mais je me souviens être parti prendre en photo les troupes d'autodéfense qui venaient de se former et un volontaire m'avait dit que ce n'était que le début. La situation dans l'est de l'Ukraine est une conséquence directe des événements sur le Maïdan.
Question: Quel est l'état d'esprit à Donetsk?
Lima: La tristesse et le chagrin se font sentir. Le week-end, Donetsk ressemble à une ville fantôme. Il est rare de voir des gens dans les rues. J'espère que cette situation pourra être réglée de manière pacifique.
Question: Vous avez travaillé en Afghanistan et en Irak. Pouvez-vous comparer avec ces pays le travail sur la couverture du conflit ukrainien?
Lima: En Irak on était surtout préoccupés par les bombes et les attaques de kamikazes,
c'est-à-dire des gens qu'on ne voyait pas directement. En Afghanistan je n'ai vu aucun signe du mouvement des talibans. Autrement dit, tu es conscient qu'ils sont quelque part, mais j'ai vu seulement des civils. En Ukraine, on voit les deux parties et on peut communiquer avec les deux.
Question: Qu'est-ce que cela signifie pour vous en tant que journaliste photo?
Lima: Parfois on assiste à de trop nombreux moments douloureux. La semaine dernière, un obus a explosé dans la maison d'une habitante de Donetsk de 80 ans. Elle a été blessée, pleurait et essayait de nettoyer le sang avec de l'eau. Dans ces moments l'instinct de journaliste photo pousse à prendre son appareil et à photographier. Mais elle était seule et avait davantage besoin d'aide que de photos. Puis les bombardements ont repris et tout le monde, terrifié, s'est jeté au sol, loin des fenêtres. Elle ne pouvait pas bouger. Je suis resté avec elle, je lui ai donné une serviette et l'ai aidée. Ensuite une ambulance est arrivée à la recherche des victimes. J'ai demandé de l'aider parce qu'elle avait plusieurs blessures, et j'ai repris le travail

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