Russie : triste retour en arrière - par Arnaud Dubien

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Russie : triste retour en arrière - par Arnaud Dubien

Message  Vivre Enrussie le Mar 11 Oct 2011 - 5:44

10/10/2011 - http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/10/russie-triste-retour-en-arriere_1585080_3232.html

A l'automne 2007, Vladimir Poutine avait fait un choix courageux en ne cédant pas aux pressions de ses amis qui le poussaient à modifier la Constitution et à effectuer un troisième mandat consécutif. Cette décision renvoyait à un raisonnement implicite, mais crucial en termes d'identité politique : l'ancien - et futur - président russe considérait que ce qui était envisageable en Ouzbékistan ou en Azerbaïdjan n'était au fond pas digne d'une grande puissance européenne comme la Russie. Pourquoi, quatre ans plus tard, Vladimir Poutine a-t-il décidé de revenir au Kremlin ?

En adoubant, fin 2007, Dmitri Medvedev, le président sortant faisait le pari d'une ouverture symbolique et contrôlée. Vladimir Poutine savait que son successeur au Kremlin incarnait une autre Russie que lui, moins liée à l'URSS et à une conception impériale de la puissance. Le calcul politique, parfaitement fondé, était que ces deux visions de la Russie étaient complémentaires et permettraient de ratisser large, tant au plan électoral que sur la scène internationale. C'était cependant sous-estimer l'incompatibilité entre l'héritage des années 2000-2008 et tout projet de réforme en profondeur. L'article "Russie, en avant", manifeste de la modernisation selon M. Medvedev, rappellera cette évidence dès l'automne 2009.

Contrairement à ce qu'affirment ceux qui ont toujours considéré Dmitri Medvedev comme un homme de paille, les intentions du président russe ont été prises très au sérieux par l'entourage de Vladimir Poutine. La désétatisation souhaitée de l'économie remettait en cause les rentes de personnages- clés de l'oligarchie poutinienne tels que le vice-premier ministre Igor Setchine (le fossoyeur de Ioukos) ou le patron de la holding publique Rostekhnologii Sergueï Tchemezov (un ami de la période est-allemande de Vladimir Poutine). Certaines nominations effectuées par Dmitri Medvedev, de même que les appels - comme celui du vice-premier ministre Alexeï Koudrine à Krasnoïarsk en février - en faveur d'élections libres, ont été perçus comme autant de provocations par le parti Russie unie et l'entourage de Vladimir Poutine. Les questions de politique étrangère ont également clivé le tandem. La présence de Dmitri Medvedev au sommet de l'OTAN à Lisbonne en novembre 2010 - où il fut notamment question de coopération dans le domaine de la défense antimissile - ou le non-veto de Moscou à l'ONU sur le dossier libyen - épisode qui a donné lieu en mars à l'un des rares affrontements publics entre le président et le premier ministre russes - ont été instrumentalisés par les adversaires de Medvedev.

Si l'on s'en tient à la version officielle, réitérée le 30 septembre par M. Medvedev dans une interview accordée à trois chaînes de télévision russes, la permutation au sein du tandem était prévue de longue date et a fait l'objet d'un consensus entre les deux têtes de l'exécutif. De nombreux éléments permettent d'affirmer qu'il n'en est rien. Le statu quo, confortable à maints égards, a longtemps été le scénario privilégié. Le retour de Poutine au Kremlin n'allait pas de soi.

Plusieurs facteurs ont joué dans cette décision. Le premier est le très mauvais score réalisé par Russie unie aux scrutins locaux du mois de mars. Dans certaines régions, le parti du pouvoir a enregistré un recul de près de 20 % par rapport aux précédentes élections, et ce malgré le recours massif à la ressource administrative et le verrouillage médiatique. A neuf mois des législatives et à un an de la présidentielle, ce pilier du régime Poutine est à bout de souffle.

Le deuxième élément, quasi concomitant, est l'offensive politique du président Medvedev et de ses soutiens. Plusieurs épisodes méritent d'être rappelés : le limogeage du général Viatcheslav Ouchakov, le directeur adjoint du service fédéral de sécurité (FSB) le plus influent ; le discours prononcé le 3 mars par le président à Saint-Pétersbourg à l'occasion du 150e anniversaire de l'abolition du servage en Russie ; les annonces faites à Magnitogorsk sur la fin de la présence des ministres aux conseils d'administration des groupes publics. Ce faisant, le Kremlin envoyait un message clair à la Maison Blanche. Le pacte de 2008 allait devoir être renégocié. Les lignes rouges, probablement implicites, dessinées alors par Vladimir Poutine (non remise en cause des équilibres au sein du FSB, du secteur énergétique et des institutions), n'étaient pas immuables. Une dynamique favorable à Dmitri Medvedev, et donc à l'hypothèse d'un second mandat - de six ans, conformément à la réforme institutionnelle adoptée à l'automne 2008 -, s'esquissait alors.

La riposte du clan Poutine ne s'est pas fait attendre. Dès le 14 avril, le président de la Douma, Boris Gryzlov, déclarait que Russie unie avait naturellement vocation à soutenir son leader, c'est-à-dire Vladimir Poutine, à la présidentielle de 2012. Puis, début mai, était annoncée la constitution d'un Front populaire panrusse autour du premier ministre, dans la plus pure tradition de mobilisation politique à la soviétique.

L'effet immédiat de cette contre-offensive a été de bloquer le président Medvedev. De ce point de vue, sa non-annonce de candidature pour 2012, à l'occasion de l'étrange conférence de presse du 18 mai, marque un tournant. Que cela se soit produit à Skolkovo, sur le site du projet se voulant le symbole du projet de modernisation promu par le Kremlin, n'en est que plus significatif.

Le retour de Vladimir Poutine au Kremlin reflète le véritable rapport de forces au sein des cercles de pouvoir russes, fondamentalement conservateurs et rétifs à l'idée de réformes, associées le plus souvent au désordre. Ce à quoi aspirent les élites en place est un retour à l'âge d'or du poutinisme, ces années d'avant crise placées sous le signe du triptyque - verticale du pouvoir, démocratie souveraine, nationalisations - et bercées par une douce pluie de pétrodollars.

Les quatre années de la présidence Medvedev, déjà présentée à Moscou comme un interrègne, n'auront-elles servi à rien ? Le bilan est certes maigre, mais pas nul. Le legs le plus important est sans doute le renouvellement en profondeur des élites régionales. Le renvoi du maire de Moscou Iouri Loujkov, ainsi que les départs de Mintimer Chaïmiev et de Mourtaza Rakhimov (respectivement à la tête des républiques du Tatarstan et du Bachkortorstan depuis près de vingt ans), sont à relever. La réforme du ministère de l'intérieur, bien qu'inachevée et insuffisante, ne se résume pas à un simple changement de nom de la police comme on l'a beaucoup écrit.

Dmitri Medvedev a en outre joué son rôle de président en mettant au coeur du débat public des enjeux vitaux pour l'avenir de la Russie tels que la corruption ou la modernisation. Il a de fait restauré une forme de pluralisme à Moscou. Le chef de l'Etat a ce faisant redonné quelques espoirs aux libéraux, aux démocrates et aux représentants de la classe moyenne urbaine russe quant à une évolution normale - c'est-à-dire, au fond, européenne - de leur pays. La désillusion n'en est que plus terrible pour ces catégories sociales, tentées par l'émigration et sans lesquelles le redressement de la Russie est impossible.

L'une des principales interrogations aujourd'hui en Europe concerne les conséquences du retour de Vladimir Poutine au Kremlin sur les relations russo-occidentales. Dmitri Medvedev incarnait une hypothèse de développement plus optimiste pour la Russie, qu'il s'agisse de ses réformes internes ou des possibilités de coopération internationale. Un second mandat avait la préférence des Occidentaux. Le vice-président, Joseph Biden, avait fait passer le message à Moscou au printemps. Certains diplomates français doutent que Paris se soit engagé dans la vente du porte-hélicoptères Mistral à la Russie si Dmitri Medvedev n'avait pas été l'interlocuteur de Nicolas Sarkozy depuis l'automne 2008.

Le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012 ne modifiera pas immédiatement la substance de la diplomatie russe (sauf peut-être dans la Communauté des Etats indépendants et au Moyen-Orient). Ce que va changer, en revanche, c'est la perception de la Russie à l'étranger. La France et l'Allemagne auront plus de mal à convaincre leurs partenaires et les instances bruxelloises d'être optimistes sur l'évolution de la Russie à moyen terme. Une défaite de Barack Obama à l'automne 2012 signerait la fin de la politique de reset et replongerait Américains, Russes et Européens dans l'atmosphère de mini-guerre froide caractéristique de la fin de la présidence Bush.

Vingt ans après l'effondrement de l'Union soviétique, Moscou semble à nouveau regarder vers le passé plus que vers l'avenir. Dmitri Medvedev, comme bien d'autres réformateurs russes avant lui, a été sacrifié. Il est à craindre que la Russie paie très cher ce nouveau rendez-vous manqué avec la modernisation.


A propos de l'auteur
Spécialiste de la Russie, Arnaud Dubien est diplômé de l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et de l'Institut d'études politiques de Paris. Il est rédacteur en chef de la lettre confidentielle "Eurasia Intelligence Report" et directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

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Re: Russie : triste retour en arrière - par Arnaud Dubien

Message  Vivre Enrussie le Mar 11 Oct 2011 - 5:59

Spécialiste de la Russie? ou spécialiste en désinformation? Remarquez c'est souvent (trop) la même chose...

L'auteur ne cite pas une seule fois le discours de Vladimir Poutine du 24 Septembre 2011?

http://premier.gov.ru/eng/events/news/16552/

We have gathered today to finalise our plans for the future. We are facing enormous challenges: we must build an innovative economy and strengthen democratic institutions. But if we truly want to succeed in our efforts, our focus must always be on the Russian people. Russian families must feel the positive changes in their lives and that is the main goal and meaning of our work. Only then can we count on the support of our people.
The global economic downturn hit hard every nation in the world and undermined their ability to secure their citizens’ incomes and to safeguard national industry and the welfare system. Not every country was able to pass this test. The root of the crisis was not in Russia, but it was our country that was among the hardest hit and faced a deeper slump than many other nations. Nevertheless, we managed to withstand these difficulties. Most importantly we protected the interests of the people by increasing as opposed to decreasing the level of social benefits.
Naturally, we could not solve every problem. Many people lost their jobs and faced salary cuts. It was simply impossible to help everyone who needed support, and hopefully, people will perceive this with understanding.
...
The elderly were among the hardest hit during the crisis. Hence we ensured that our pension indexation plans were not cut short. Despite all the difficulties, we fulfilled our promise to increase pensions by 45% in one setting. And this year, we continued the indexation, raising the pensions by additional 19%.
We extended support to domestic producers and prevented large-scale company shutdowns and bankruptcies. As a result, our key industries have been restoring their output volumes. Our agriculture not only has stood the crisis test, but has also survived two years of drought. This year will see a record harvest of 90 million tons.
I would like to congratulate and thank our farmers for this achievement. Russia has returned to the ranks of the world’s leading agricultural producers. In the coming five years, we will achieve a nearly complete self-sufficiency in almost all types of produce.
...
We should honestly admit the dependence of our economy on the natural resources and the market, the dangerous levels of income disparity, the high levels of violence and corruption, the sense of injustice and insecurity people feel when dealing with government institutions, courts and law enforcement agencies; the administrative barriers to initiatives in business, public service and social projects. Unfortunately, these negative phenomena are still widespread in our country. We can and must eradicate them.
Russia has repeatedly achieved breakthroughs worthy of its greatness, strengths and talents, its cultural wealth and shared values that hold together the united and indivisible Russia. I am confident that we have sufficient energy and determination to achieve even greater objectives and goals. And it is our national economy that should spur the new development prospects.
Today, the Russian economy grows at the annual rate of 4%, whereas the most developed nations have annual growth rates of 1% to 2%. These figures should not mislead us, however, as in absolute terms those 2% amount to more than our 4%. At the current growth rates we will fail to strengthen our positions and most importantly, will not be able to ensure modern and quality living standards for our citizens. We will fail to maintain our scientific, educational and human potential and convert it into new achievements.
The leading economies of the world remain unstable and continue to generate systemic problems. The modern world is full of risks that we cannot control. We must be strong to safeguard ourselves against any shocks.
...
We intend to continue improving the business climate and to implement fair principles of competition, as well as stable and predictable economic policy. Therefore, we are going to discuss all draft laws concerning business with the business community to rule out the possibility of any barriers in the way of business initiative.
We must have the most advanced technological regulations. Every project must have the shortest possible road from the planning stage to the opening of a new construction site, plant, factory or shop without any additional costs or red tape. We must support business by prioritising the construction of infrastructure facilities. This is important for all people in this country. We will double road construction in the next ten years.
We will definitely help our companies that are trying to conquer foreign markers with modern products. All niches are occupied and it is difficult to get in. We will use the capabilities of development institutes and invest in fundamental research here in Russia and advanced R&D as well as the national innovations system.
...
We have pushed back the demographic crisis that threatened Russia’s very existence. Just think of it – only recently, this country lost a million people a year. In 2008-2011 more than six million people were born in Russia – a record number in the last 20 years. The average life span has increased by more than three years since 2006, and this is a very good figure compared to other countries. In 2013 the average life span in Russia is expected to exceed 70 years.
We are still behind our European neighbours. We must consolidate the positive demographic trends and ensure that the population gradually increase. Demography is an indicator of society’s wellbeing and a government’s effectiveness.
We have always emphasised the need to create and consolidate a truly massive middle class in Russia. Today this class is mostly people who are carrying this entire country on their shoulders. They are entrepreneurs that produce real commodities and services, qualified doctors, school and college teachers, industrial workers and engineers, scientists, cultural figures and farmers. They form the backbone of this country. These people are building the future.
...
We must by no means forget about preschool education. Almost 1,900,000 children are on the kindergarten waiting list. At one of United Russia meetings we mentioned the figure of 1,700,000 but now we already have 1,900,000. This is a very high figure.
In the next few years the regions must eliminate the shortage of places in kindergartens. We must do everything to ensure that our children grow up in normal conditions, that Russian families receive real, tangible assistance from the state. We must allow women to go back to work and regain their qualifications after childbirth – this is a very important task.
...
We have many outstanding issues yet. We still have to implement much of what we have planned. We must improve much in our economy, the social sphere and the lives of our citizens. I’m confident in our ability to achieve this, and we will do this on the basis of national consolidation and with a reliance on broad public support and on all social strata and civil society institutions. We will succeed by pooling our efforts.
...
Our programme is based on people’s initiatives. In fact, it is a programme that fully represents people’s interests. Over the next five years we will be guided by it in our work. We will tackle the challenges facing our society and address the issues that concern our people. We will work hard to make sure that every person is in demand, that everybody can fulfil their potential and be certain of their own and their children’s future. No place in the world has so many opportunities for creative endeavours as Russia. No place in the world has such vast opportunities for hard work, knowledge, energy and talent - no place but Russia. No place in the world has such resources and such spiritually strong people as Russia. Russia has everything it needs to achieve truly great aims, to achieve success. And our guiding principle is to keep moving forward. Our strength lies in the trust of our people! Together we will win!
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Re: Russie : triste retour en arrière - par Arnaud Dubien

Message  Vivre Enrussie le Mar 11 Oct 2011 - 7:08

Dans le discours du 24/09 l'on trouve les mots "Yesterday", "Today", "Future" et "Forward"

Yesterday: 3 fois
Today: 11 fois
Future: 12 fois
Forward: 2 fois

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