L'opération de charme de Dmitri Medvedev à Paris, par Natalie Nougayrède

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L'opération de charme de Dmitri Medvedev à Paris, par Natalie Nougayrède

Message  Vivre Enrussie le Jeu 4 Mar 2010 - 18:17

04/03/2010 - www.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/04/l-operation-de-charme-de-dmitri-medvedev-a-paris-par-natalie-nougayrede_1314337_3232.html

De leur premier entretien, dans un salon d'hôtel sur l'île d'Hokkaido, au Japon, lors du G8 de juillet 2008, au dîner de grand apparat à l'Elysée, mardi 2 mars, la relation entre Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev aura connu bien des rebondissements. L'épisode le plus âpre fut sans nul doute celui des négociations du cessez-le-feu en Géorgie, à l'été 2008. Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique du président français, a décrit le voyage à Moscou du 12 août 2008 comme "les 36 heures les plus intenses de (sa) vie de diplomate". Mais, tout au long de cette saga - et dès Hokkaido -, le désir de M. Sarkozy de nouer un lien personnel avec le nouvel occupant du Kremlin a été manifeste.

L'avènement de M. Medvedev, le "modernisateur", a été saisi comme une aubaine par M. Sarkozy, pressé de tourner la page d'une relation plus heurtée avec Vladimir Poutine, qui n'a jamais oublié les propos tenus par M. Sarkozy lors de sa campagne électorale, en 2007. Rappelons certains d'entre eux : "Ce n'est pas parce que la Russie est une très grande puissance que l'on doit s'interdire de dénoncer les violations des droits de l'homme qui y sont commis" ; "la France des droits de l'homme ne peut se taire" face aux "assassinats de journalistes" russes ni face aux "200 000 morts des guerres de Tchétchénie" ; l'époque est finie d'une "realpolitik qui brade nos principes d'humanité pour d'hypothétiques contrats".

Dans leurs toasts, mardi à l'Elysée, les deux présidents ont convoqué à profusion la mémoire du général de Gaulle. En se revendiquant avec insistance l'"ami" de M. Medvedev (qui lui a rendu la pareille), M. Sarkozy tire un voile pudique sur son revirement complet, en deux ans, face à l'appareil du pouvoir russe. L'année 2009 a été une des pires en matière d'assassinats à caractère politique. Avoir en face de soi un interlocuteur autre que M. Poutine permet peut-être de sauver la face lorsqu'on garde le silence après avoir tenu des discours humanistes.

Les analystes se perdent encore en conjectures sur le degré de mue politique que représente pour la Russie l'apparition d'un exécutif bicéphale avec le couple Poutine-Medvedev. L'Elysée semble vouloir aider le jeune président russe à construire son autonomie, bien que celle-ci apparaisse toute relative. M. Medvedev s'attache à incarner une forme de nouveauté. La composition de son entourage, lors de sa visite d'Etat à Paris, avait néanmoins bien des éléments de continuité.

A commencer par la présence d'un oligarque "poutinien" à la trouble réputation, interdit pendant des années de visa aux Etats-Unis, où les services de renseignement l'ont soupçonné de liens avec la pègre : le "roi" de l'aluminium, Oleg Deripaska. Avec la récente entrée à la Bourse de Paris de son groupe Roussal, auquel des banques françaises avaient pris le risque d'accorder d'importants crédits avant la crise, ce magnat vient de réussir une opération de "blanchiment" politique à l'Ouest. La place de Londres, où il a des ennuis judiciaires, lui était plus fermée.

Avec M. Medvedev, la Russie est "en campagne" en Europe. Des centaines de millions d'euros sont consacrées à des opérations de communication menées par des agences comme GPlus, basée à Bruxelles. A Paris, Euro-RSCG, bien introduite auprès du gouvernement français, a été recrutée pour la promotion de l'année culturelle croisée France-Russie. L'agence Image-Sept s'emploie à cadrer les retombées médiatiques d'une potentielle affaire de censure politique qui fait l'objet d'une plainte devant le tribunal de commerce de Paris : la rupture par la firme européenne Eutelsat, sous la pression du géant Gazprom, de la diffusion en Russie d'une chaîne de télévision géorgienne.

Tout cela, diront certains, n'est que de bonne guerre, y compris les financements russes recueillis ces dernières années par un des principaux think tanks français. La France semble ainsi doucement rejoindre l'Allemagne comme terrain de prédilection en Europe pour la pénétration des milieux politico-financiers russes, où l'argent et la "com'" huilent les rouages des rapprochements stratégiques.

En diffusant l'idée d'un Medvedev "nouveau Gorbatchev", les dirigeants français habillent une réorientation majeure de la diplomatie, avec comme emblème le lancement de négociations pour la fourniture à la Russie de quatre navires de guerre "Mistral". Dix-huit mois après le coup de force russe dans le Caucase, c'est là aller beaucoup plus loin qu'aucun pays de l'OTAN, même si M. Sarkozy a pris soin de préciser que les navires seraient fournis "sans équipement militaire".

A Paris, M. Sarkozy a incité son homologue russe à poursuivre sur la voie des réformes, prenant ainsi acte, en filigrane, du fait que d'autres forces sont à l'oeuvre en Russie. Un pays où les aventures extérieures et les fuites en avant nationalistes peuvent toujours servir de dérivatifs aux difficultés économiques ou aux luttes de clans autour du pouvoir.

Entre opération de charme et "com'", la vente du "Mistral" à une armée russe où les partisans du credo "néo-impérial" ne manquent pas, peut aussi agir comme un encouragement aux tendances les moins avenantes à Moscou. Un bon pari ?

oligarque "poutinien" à la trouble réputation
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2010-02-02/bourse-comment-nettoyer-un-oligarque/2121/0/419533

Dix-huit mois après le coup de force russe dans le Caucase
C'est beau l'ethique du journaliste selon Nathalie...

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