Calculs et ambiguïtés du rapprochement France-Russie, par Natalie Nougayrède

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Calculs et ambiguïtés du rapprochement France-Russie, par Natalie Nougayrède

Message  Vivre Enrussie le Ven 29 Jan 2010 - 21:00

29/01/10 - www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/29/calculs-et-ambiguites-du-rapprochement-france-russie-par-natalie-nougayrede_1298491_3232.html
Comment traiter avec la Russie ? La question a été relancée depuis 2008 par des facteurs nouveaux : le duo Poutine-Medvedev, la signification de la guerre de Géorgie, l'impact de la crise économique, les débuts de la diplomatie de Barack Obama. La réponse de la diplomatie française se veut argumentée, calculée, mais elle est aussi chargée d'ambiguïtés et de certains renoncements. Elle mérite d'être auscultée au moment où l'"année croisée France-Russie" vient d'être inaugurée, en attendant la venue à Paris, en mars, du président Dmitri Medvedev.

L'argument central consiste à répéter que la Russie n'est ni une ennemie ni une menace pour l'Europe, elle est une interlocutrice incontournable avec laquelle un "partenariat" doit être recherché. Les faiblesses intrinsèques du pays, démographie déclinante, ( des chiffres? ) économie non diversifiée restée tributaire des hydrocarbures, ainsi que la pression exercée à ses frontières par la Chine, la contraindraient à terme à se tourner résolument vers l'Ouest. Autrement dit, sa rhétorique de grande puissance cacherait une réalité qui ressemble plus à un ours en carton.
La Russie est une interlocutrice difficile, comme l'ont attesté les crises successives du gaz, ( provoquees par ? ) l'opération militaire dans le Caucase, ( declenchee par? ) ou encore, sa propension à déchirer des textes comme la Charte européenne de l'énergie ou le Traité sur les armes conventionnelles en Europe. La solution résiderait dans une patiente pédagogie. Il s'agit d'attirer la Russie vers un cadre international susceptible de la faire changer d'attitude, de comprendre que c'est par un comportement "civilisé" qu'elle peut espérer des récompenses, à commencer par le respect auquel elle aspire sur la scène mondiale.
Côté français, le besoin de nouer avec Moscou une coopération sur des dossiers de sécurité internationale comme l'Iran s'accompagne d'une préoccupation plus difficile à mettre en avant : la crainte d'être dépassé, sur le continent européen, par le puissant duo économique et énergétique qui s'est formé entre la Russie et l'Allemagne. Pour regagner du terrain, Paris cherche à mettre à profit des avantages comme sa faculté à dialoguer avec Moscou sur des questions politico-militaires.
L'ouverture française aux propositions russes de refonte de "l'architecture de sécurité" en Europe s'inscrit dans cette logique, bien que les diplomates soient nombreux à se demander quel contenu sera donné à la discussion.
En cette période d'élections présidentielles en Ukraine, les intentions russes sont, elles, évidentes. La Russie surveille le scrutin en pensant à la doctrine de souveraineté limitée qu'elle a élaborée pour les pays qu'elle considère dans sa sphère d'influence. Des officiels russes ne cachaient pas au moment du conflit en Géorgie que la vraie cible, le gros morceau, que Moscou entendait ramener dans son giron, était l'Ukraine. L'attention que la France et l'Europe prêteront à ce pays sera suivie de près par Moscou.
Mais, encore nostalgique de l'ordre des "deux grands", la Russie reste obsédée par le seul acteur de la scène internationale qui importe réellement à ses yeux : les Etats-Unis. Les négociations sur le traité Start sont une bonne occasion de rehausser son statut et tenter de monnayer des contreparties. La France semble observer avec perplexité le relatif effacement américain sur les questions européennes.
Pour la Russie, l'affichage d'une relation forte avec la France n'est pas qu'un simple écho romantique de l'Alliance de 1892 ou des ballets Diaghilev. Cela permet de jouer sur les divisions entre pays européens, selon un schéma rodé. Les discussions entre le géant Gazprom et les firmes GDF Suez et EDF lancées en 2009 ont ainsi semblé affaiblir le projet de politique européenne commune dans l'énergie et, surtout, redéfini la notion de "diversification" : diversification des voies d'acheminement, et non pas des fournisseurs !
Pour mieux ménager sa relation avec Moscou, Paris a tiré un voile pudique sur un dossier gênant : les accords de cessez-le-feu dans le Caucase, négociés par Nicolas Sarkozy à l'été 2008, n'ont pas été respectés. Le retrait complet des troupes russes de Géorgie n'a jamais eu lieu, pas plus que le retour des réfugiés, l'accès libre de l'aide humanitaire, ni la préservation des mécanismes d'observation de l'ONU et de l'OSCE sur le terrain. S'agissant de la défense des valeurs fondamentales, le renoncement apparaît total au plus haut niveau de l'Etat. "La Russie est aujourd'hui une démocratie", a déclaré François Fillon le 27 novembre 2009 à l'issue d'une rencontre à Rambouillet avec Vladimir Poutine.
La multiplication des assassinats à caractère politique en Russie n'a guère laissé de doute sur l'évolution du pays. (qui est ?? ) Mais les responsables français ont conclu qu'il ne servait à rien de le dénoncer publiquement. L'heure est aux mesures et aux messages feutrés, à huis clos, ce dont personne n'aura à se plaindre côté officiel russe. Parallèlement, la relation bilatérale fait l'objet d'une personnalisation à outrance : c'est l'espoir que le "réformateur" Medvedev s'affranchira, un jour, de son mentor malcommode, M. Poutine . Sur la pertinence de ce calcul, qui n'est pas le seul fait de la France, les analyses sont cependant aussi nombreuses que contradictoires.

Le Monde annexe de LaRussophobe...

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