La Sibérie en quête d'identité

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La Sibérie en quête d'identité

Message  Vivre Enrussie le Jeu 7 Jan 2010 - 8:21

06/01/10 - Premier volet d'une série de cinq articles sur la Sibérie actuelle.

www.slate.fr/story/15273/chine-russie-armee-liberation-siberie-identite

Quand on dirige un mouvement politique marginal, un café appelé «J'attends l'OVNI» n'est pas forcément l'endroit le plus indiqué pour s'entretenir avec un journaliste étranger. D'un autre côté, le débarquement des extraterrestres a peut-être plus de chances d'arriver que ce pour quoi Mikheil Koulekhov se bat: l'indépendance de la Sibérie.

Cet homme était à la tête de l'Armée de libération de la Sibérie jusqu'à ce que les agents du FSB (ex-KGB) s'en mêlent. «Ils m'ont demandé: 'Pourquoi ce nom d'armée? Vous comptez prendre les armes?'» Rassurés par la négative, les agents ont simplement prié Koulekhov de modifier le nom de son mouvement. C'est aujourd'hui chose faite, avec la «Solution nationale pour la Sibérie». (En russe, ces deux appellations donnent le même sigle - OAS - me fait remarquer le chef de parti.)
Que les services de renseignement russes se contentent de réprimander gentiment ces indépendantistes en dit long sur la modestie du mouvement: l'OAS de Koulekhov regroupe 30 membres. La Sibérie n'est pas la Tchétchénie.

Pétrole et gaz
Si l'indépendance sibérienne est largement improbable, il est difficile de deviner quel sera l'avenir politique et économique de la région. Une grande part du pétrole et du gaz naturel qui ont alimenté le décollage économique de la Russie lors de la décennie écoulée provient de la Sibérie orientale, qui regorge également de bois, de minerais et d'autres ressources naturelles. Mais ce sont les humains qui font défaut. Dernière région à avoir été annexée par le pouvoir central, son histoire proprement russe remonte à un petit siècle.
Démentant la triste réputation de la Sibérie, la plupart des villes que j'y ai visitées sont très plaisantes; Irkoutsk, notamment, présente une belle architecture dans une ambiance de village universitaire. Les Sibériens font valoir qu'ils sont en général plus intelligents et plus beaux que leurs compatriotes, car ils sont nombreux à descendre de l'élite russe qui a été déportée ici en masse, à l'époque où la Sibérie était un goulag géant. La vie dans la région a toujours été rude: on y est loin de tout et les hivers sont particulièrement rigoureux. À l'époque des soviets, les Russes ont été encouragés à s'installer en Sibérie mais, après la chute de l'Union soviétique, un grand mouvement migratoire s'est amorcé vers l'ouest: entre 1998 et 2002 (date du dernier recensement), la population russe à l'est d'Irkoutsk est passée de 8 à 6 millions. À terme, quelles pourraient être les conséquences de cet exode massif pour la Russie? Le statut de grande puissance du pays reposant en partie sur l'immensité de son territoire, la diminution de la population russe dans ses terres reculées pourrait remettre en question sa mainmise sur la Sibérie et, par extension, son autorité sur la scène mondiale. En parcourant la région à l'est d'Irkoutsk, j'ai pu observer comment la Russie se cramponnait à sa pointe orientale.
Aux yeux de Koulekhov, trois critères plaident pour l'indépendance: géographique, économique et culturel. Irkoutsk et Moscou sont plus distants que New York et Londres, souligne-t-il, et l'ingérence russe en Sibérie s'apparente à la colonisation britannique du Nouveau Monde. «Nous sommes si éloignés qu'il est évident que nous ne sommes pas dans le même pays,» affirme le leader indépendantiste. Sur le plan économique, ajoute-t-il, la Sibérie réalise plus d'échanges commerciaux avec l'Asie qu'avec la partie européenne de la Russie, et une part trop importante des revenus tirés des ressources naturelles sibériennes tombe dans l'escarcelle de Moscou.

Caractéristiques nationales
En matière culturelle, les Sibériens possèdent des «caractéristiques nationales» uniques: «Nous sommes très méfiants, nous ne faisons confiance à personne, nous sommes durs en affaires et nous ne faisons les choses que comme nous l'entendons. Nous sommes des individualistes.» En outre, tandis que partout ailleurs, les Russes sont des chrétiens orthodoxes, en Sibérie, ils favorisent une sorte de syncrétisme qui englobe les traditions bouddhistes et chamaniques des peuples indigènes. (L'emblème vert et blanc de l'OAS, qui présente une croix ainsi qu'une forme circulaire se rapportant aux chakras bouddhistes, fait référence à cet œcuménisme.)
La Solution nationale pour la Sibérie entend s'inscrire dans une pensée indépendantiste historique, qui a connu ses temps forts au milieu du 19e siècle, avec un mouvement intellectuel qui revendiqua pour la première fois l'existence d'une identité sibérienne distincte de l'identité russe, et au début du 20e siècle, avec le gouvernement provisoire antibolchévique de la Sibérie autonome, mis sur pied dans le chaos politique qui suivit la fin de la guerre civile. Ainsi, chaque année, les partisans de l'OAS effectuent un pèlerinage sur la tombe de l'un des premiers héros de l'indépendance sibérienne, et au cours de ma visite, le journal du mouvement a publié en première page un article sur la force de police du regretté gouvernement provisoire.
Koulekhov se veut solidaire des autres mouvements sécessionnistes qui seraient selon lui très nombreux en Russie. Cependant, Moscou ne semble pas près de lâcher du lest. En 2004, Vladimir Poutine, qui occupait la présidence, a même décidé de nommer directement les gouverneurs de région, qui étaient jusqu'alors élus lors de scrutins locaux. Le Kremlin a donc considérablement renforcé son autorité sur ces régions reculées. Le sujet revient en boucle dans les conversations: aussi éloigné soit-il, Moscou impose ses vues impériales à la Sibérie, sans égards pour ce que souhaitent les habitants. Le mot «colonie» est dans toutes les bouches.

Bout du monde
Observateur politique basé à Irkoutsk, Mikhail Rozhansky estime que, si l'indépendance sibérienne n'a aucun espoir, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi l'idée séduit: «C'est normal que les gens entretiennent ce rêve, ils ne veulent pas avoir l'impression de vivre au bout du monde.»
«Tout est centralisé. Il y a Moscou, et puis ses colonies. Même les régions proches de la capitale ont l'impression de vivre en périphérie,» analyse Rozhansky. Et malgré tout le ressentiment qu'elle génère, cette centralisation empêche le développement de régionalismes forts: «Les liens entre Irkoutsk et Moscou sont plus serrés qu'entre Irkoutsk et Krasnojarsk,» une autre ville de Sibérie.
Rozhansky remarque enfin que les Sibériens sont avant tout des gens sans racines. Les premiers Russes se sont installés dans la région non parce qu'il y faisait bon vivre, mais parce qu'on y trouvait une marchandise alors fort convoitée: la fourrure. L'esprit n'a pas changé, sauf qu'aujourd'hui, on vient dans cette région pour travailler dans l'industrie du bois ou du pétrole.
«Même quand on est ici depuis 400 ans, on a toujours l'impression que c'est du provisoire,» explique Rozhansky. «On est toujours arrivé ici en quête de ressources naturelles, pas par choix. Et il n'y a aucune culture de la concession: ceux qui le peuvent partent vivre ailleurs.»
Joshua Kucera est journaliste freelance, il vit à Washington.
Traduit par Chloé Leleu
Image de Une: Une route en Sibérie, Copper Kettle, Flickr, CC

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Re: La Sibérie en quête d'identité

Message  Invité le Jeu 7 Jan 2010 - 14:57

Passez moi l'expression mais à la lecture de ce papier, j'ai pensé tout de suite "ah le fumier de lapin !".

Parce que présenter la Sibérie en évoquant un groupuscule indépendantiste, il faut le faire. Il y a plus d'indépendantistes au Texas qu'en Sibérie !

«On est toujours arrivé ici en quête de ressources naturelles, pas par
choix. Et il n'y a aucune culture de la concession: ceux qui le peuvent
partent vivre ailleurs.»

Faux, faux et archi-faux. J'ai des exemples de personnes qui sont partis de Riazan pour la Sibérie. L'une d'elles est cuisinier.
Parler de colonie pour évoquer la Sibérie, c'est du délire occidental...

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Re: La Sibérie en quête d'identité

Message  Alexandre LATSA le Ven 8 Jan 2010 - 20:33

Ilya Kanak a écrit:Passez moi l'expression mais à la lecture de ce papier, j'ai pensé tout de suite "ah le fumier de lapin !".

Parce que présenter la Sibérie en évoquant un groupuscule indépendantiste, il faut le faire. Il y a plus d'indépendantistes au Texas qu'en Sibérie !

«On est toujours arrivé ici en quête de ressources naturelles, pas par
choix. Et il n'y a aucune culture de la concession: ceux qui le peuvent
partent vivre ailleurs.»

Faux, faux et archi-faux. J'ai des exemples de personnes qui sont partis de Riazan pour la Sibérie. L'une d'elles est cuisinier.
Parler de colonie pour évoquer la Sibérie, c'est du délire occidental...

Une pâle copie de ca ?
http://www.foreignpolicy.com/articles/2009/12/29/china_is_the_destiny_of_siberia

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Re: La Sibérie en quête d'identité

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